De: Stijn Coninx
Avec: Cécile De France (Jeannine Deckers/ Soeur Sourire); Sandrine Blancke (Annie); Françoise (Marie Kremer); Jan Decleir (Lucien Deckers); Jo Deseure (Gabrielle Deckers); Chris Lomme (Mère supérieure)...
Durée: 2 H
Date: 2009
Film: Belge
Histoire: Jeannine Deckers, alias Soeur Sourire, est devenue un mythe international avec ses deux millions d'albums vendus en 1963 et cette chanson Dominique, qui a plané au-dessus des Beatles ou d'Elvis Presley dans les hit-parades du monde entier. Mais qui était réellement Soeur Sourire ?
Avis personnel: "S½ur Sourire" c'est d'abord l'histoire d'une femme: Jeannine Deckers. Une femme qui a cruellement manqué d'amour, de soutien, d'encouragement et qui au fil des années s'est perdue dans une confusion totale de ses propres désirs et s'est forgé un égo surdimensionné. Elle ne sait pas du tout ce qu'elle veut faire de sa vie, elle s'engage partout et nulle part à la fois, ne pense qu'a assouvir ses envies, fait des promesses qu'elle ne tient pas. Puis, pour fuir son quotidien étouffant et l'emprise d'une mère rigide et pesante, elle va se mettre en tête d'entrer au couvent pour retrouver sa liberté... Mais quelle liberté? Celle d'un endroit totalement fermé où toute expression y est interdite ? Celle d'une institution qui voue un culte exclusif à l'amour de Dieu? Elle va l'apprendre à ses dépends, nous ne sommes jamais totalement libres.
Vient alors cette énième crise face à la Mère Supérieure qui ne sait plus trop comment gérer cette boule d'énergie et de contestations qu'est Jeannine. De nouveau sa guitare en sa possession, Jeannine s'apaise et de là, nait "Dominique nique nique..." Le film dévoile alors le buzz médiatique qui s'en suivit et le succès que cette chanson remporta, détrônant ainsi les plus grands de l'époque. Tous ces producteurs et autres managers, après avoir érigé "S½ur Sourire" au rang de star, se remplissant les poches sur ses textes au passage, la laissèrent tomber brutalement après son départ du couvent. Une chanson sur la pilule qu'elle interpréta sur scène choqua l'Eglise toute entière et l'écarta définitivement de la scène publique. Là, commence une descente aux enfers pour Jeannine qui ne se produira plus que dans des bars ou autres clubs du Québec, qui croulera sous les dettes et essuiera difficilement l'abandon de sa famille.
Parallèlement, et depuis sa période aux scouts, une femme, Annie, tomba littéralement sous le charme de Jeannine. Elle devint sa confidente, elles partagèrent art, musique mais Jeannine ne voulu jamais reconnaître les véritables sentiments qu'elle avait pour elle. Elle ne saura d'ailleurs jamais capable d'aimer qui que se soit, par peur, par trop grand égoïsme, par refus de s'accepter comme hétérosexuelle ou homosexuelle. C'est finalement quand même vers Annie que Jeannine reviendra après l'échec de sa tournée. La suite est une succession de plans, de scènes où toutes deux paraissent heureuses et déconnectées de la réalité. On regrette alors que le réalisateur soit justement passé en vitesse sur "l'après-succès"...
L'interprétation de Cécile De France est juste sans défaut, on s'attache à Jeannine comme elle nous repousse. Elle réussit alors à créer un paradoxe assez violent en nous, ne sachant plus trop si on doit pleurer ou rire, si on doit plaindre le destin que connu cette femme tourmentée par elle-même ou se dire que finalement, elle a toujours été maitre de ses choix... Cécile De France nous prouve une fois encore l'intensité de son jeu et nous subjugue par sa beauté.
Le film montre enfin la violence d'un système qui fait d'une personne inconnue une icône, amassant du profit sans que jamais celle-ci ne puisse en toucher un sous, pour mieux l'enterrer ensuite.
Pas besoin de vous dire que la chanson "Dominique nique nique s'en allait tout simplement..." restera dans votre tête au moins deux jours après avoir été voir le film... Très embêtant de siffloter cet air dans la rue^^
" Je peux pas t'aimer! J'y arrive pas! J'y arriverai jamais! "